Interactivité ou l’art de l’imposture.
Par Mickael Leclerc,
Réflexion sur la nature de ce que l’on nomme “interactivité” dans les dispositifs artistiques aujourd’hui.
Il semblerait que, comme tout projet interactif, l’hyperfiction soit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse. En effet, l’interactivité, qui est une donnée extrêmement complexe à mettre en œuvre comme nous avons pu le voir précédemment, est limité par un critère auquel on ne songe pas au premier abord : l’entendement humain.
Ainsi, on se heurte sans y prendre garde à un argument qui demeure être l’ultime obstacle à toute tentative d’aller plus loin dans l’immersion, de tenter de trouver d’autres dispositifs davantage axés sur l’expérience sensitive. Nous avons besoin d’une représentation linéaire des choses, les bouleversements induits par une démarche hypertextuelle ne doivent pas perdre de vue cet élément essentiel.
L’interaction puise donc ses ressources dans le réel humain, dans sa conception que l’être a de son environnement. L’interactivité, c’est donc l’illusion la plus parfaite et la plus mise en scène d’un espace de liberté offert aux travers de dispositifs plus ou moins pertinents qui lui permettent de penser qu’à un moment, il a « le contrôle » sur les choses que l’on pourrait lui présenter. L’expérience est proportionnellement probante selon l’inventivité du « mensonge », qui dans cette définition n’est pas un terme péjoratif. Il faut replacer cette notion au cœur d’un raisonnement pragmatique, dénué de toute interprétation fantasmagorique. Aujourd’hui, la multitude d’œuvres interactives repose sur cette formidable imposture.
Dans cette mesure, comment pousser encore davantage l’immersion au sein d’un processus interactif ? Pour un remodelage complet des systèmes d’interaction entre la machine et l’humain, il faudrait dépasser nos propres limites de compréhension. Car aussi puissantes nos machines soient-elles et aussi astucieux nos langages de programmes puissent-il être, tout cela reste circonscrit au domaine de l’interface, la barrière technique symbolique élaborée afin de proposer au spectateur l’expérience sensorielle…